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| Témoignage 03 |
Capitaine Charles Delvert
101e Régiment d'Infanterie 8e compagnie
Retranchement d'infanterie Position R1
Le Capitaine Charles Delvert, assure avec la 8e compagnie du 101e Régiment d’Infanterie, la défense du flanc gauche du fort de Vaux au paroxysme de l’offensive allemande (secteur du Bois Fumin et l’étang de Vaux). Relevé dans la nuit du 5 au 6juin 1916 alors que le fort n’a pas encore succombé, il quitte avec les restes de sa compagnie des positions demeurées inviolées.
Emplacement de la position R1 au fort de Vaux
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Patriote intransigeant et officier de réserve mais combattant sans haine, Charles Delvert est représentatif de nombreux soldats du premier conflit mondial. Il est et demeurera toute sa vie un patriote intransigeant. Les origines de ce trait sont à rechercher dans l’histoire collective mais également dans son histoire personnelle. Né en 1879, il a dix ans en 1889, il peut ainsi être perçu comme l‘un des produits de « l‘école de la revanche », qui se met en place au lendemain de la défaite(de 1870-1871. Mais plus encore peut être ce trait est-il lié, en ce qui le concerne, à ses origines et son ascension sociale. Il peut apparaître comme représentatif de la méritocratie républicaine. Ses parents sont artisans à domicile, Antoine Delvert est bottier pour dames et Anna son épouse, polisseuse en orfèvrerie dans le quartier du Marais à Paris. Si elle ne manque de rien, la famille d’Antoine Delvert (outre Charles, elle comporte un second fils prénommé Henri) ne dispose pour autant que d’une aisance très relative ; jamais ce dernier ne parviendra à devenir propriétaire de son logement. L’appartement de son enfance sera décrit plus tard par Charles Delvert : il s’agit d’un deux pièces ou la cuisine faisait office également de chambre pour les garçons et où les « commodités » situées sur le palier étaient communes à plusieurs étages. Élève à l’école communale de la rue Béranger, il devient boursier demi-pensionnaire au lycée Charlemagne, puis en 1899 parvient à réussir le concours d’entrée à l’école normale supérieure de la rue d’Ulm. Sorti de l’école en 1901, il devient professeur d‘histoire et occupe plusieurs postes dans le sud de la France, avant d’être nommé à Dreux en 1910. Nul doute que cette promotion sociale ait été de nature à conforter l’ancrage de Charles Delvert au régime républicain et à sa défense. Sa participation au conflit résulte d’un devoir assumé, il s‘agit certes de combattre les allemands mais plus encore de repousser des envahisseurs et de libérer le sol national. Après le conflit ,Charles Delvert reste fidèle au patriotisme de sa jeunesse , il le défend lorsque ce dernier lui apparaît menacé,(ainsi en 1928 lorsque 83 élèves de la rue d’Ulm remettent en cause par une pétition l’obligation qui leur est faite de devenir officier de réserve , prend-t-il sa plume pour justifier cette obligation dans une lettre écrite au nom des 239 normaliens tués durant le conflit et publié dans l’Écho de Paris) et le communique à ses quatre fils ( les deux aînés franchiront les Pyrénées en 1943 et s’engageront pour la durée de la guerre le troisième participera aux combats de la libération de Paris ,seul le dernier âgé de 13 ans en 1945 ne participera compte tenu de son age à aucune action militaire).
Charles Delvert l’année de ses vingt ans est incorporé à Paris pour son service militaire, il gravit progressivement les échelons de la hiérarchie militaire et atteint le grade de lieutenant de réserve à compter de 1912.Nommé capitaine en 1915 , c‘est à cet échelon qu‘il terminera le conflit. Charles Delvert apparaît, dans ses carnets écrits jour après jour, comme l’archétype du citoyen officier, simultanément critique de l’inégalité des sacrifices consentis et de la conduite de la guerre mais soucieux de la responsabilité morale, que son commandement lui impose envers ses soldats. Normalien et professeur d’histoire, il possède les outils conceptuels qui lui permettent d‘analyser les faits et les comportements tout en faisant œuvre de témoin et d‘historien. Ses critiques les plus acerbes concernent les « embusqués », qu’ils soient à l’arrière ou sur le front. Les premiers, ils les rencontrent moins lors de ses permissions que lors de convalescences liées à ses multiples blessures, il dénonce leurs uniformes trop rutilants, leurs fanfaronnades et leur absence de décence. Les seconds sont sur le front, il s‘agit d‘officiers qui répugnent à se trouver en première ligne et dont le seul objectif est de demeurer dans les abris les plus profonds et les mieux protégés quitte par la suite à s‘attribuer les mérites d‘actions auxquelles ils n‘ont guère participé tout en monopolisant décorations et promotions. Le comportement de ces derniers conduit à des conséquences dramatiques pour les combattants : réglages d’artillerie trop court en raison de l’absence d’observateurs dans les premières lignes, ordres aboutissant à des sacrifices inutiles en raison d’une méconnaissance des conditions de combat des tranchées. Charles Delvert est un partisan de « l’école Pétain » ; toute action doit être précédée par une intense préparation d’artillerie , les résistances trop opiniâtres doivent être contournées ou conduire à l’arrêt des assauts ,en définitive tous les sacrifices imposés doivent être légitimés par des objectifs atteignables. Chef de compagnie, il partage le quotidien de ses soldats ; si ses carnets font apparaître la distance qu’impose à un chef tout commandement, ils manifestent également l‘attention quasi-fraternelle d‘un officier envers ses soldats .
Charles Delvert est un combattant sans haine. A plusieurs reprises, ses carnets font état des assauts contre ses positions. Dans ces situations, les termes employés pour haranguer ses soldats doivent être replacés dans le contexte bien précis de leur utilisation. Si le mépris transparaît ,ce dernier s’adresse à ceux qui commettent des exactions contraires à l’idée qu’il se fait de l’honneur d’un soldat ( mutilations sur des enfants rapportés par des réfugiés belges ,massacre de soldats Français blessés à Ethe en 1914 relaté par un officier rescapé, bombardement volontaire de la cathédrale d‘Amiens). A l’inverse face aux adversaires qui l’assaillent il manifeste à plusieurs reprises son admiration pour le courage déployé. Germanophone, il est conduit durant la bataille à plusieurs reprises à interroger des prisonniers ; l’échange qui en résulte le conduit plus à rassurer des interlocuteurs paniqués qu’à obtenir les réponses identificatrices traditionnelles.
Après le conflit, Charles Delvert redevient professeur, il occupe plusieurs postes dans des lycées parisiens et termine sa carrière au lycée Henri IV à Paris. Parallèlement, il mène une activité d’éditorialiste et de journaliste, publie plusieurs ouvrages, sur la guerre de 1914-1918 et ses différents voyages. Il décède peu après l’armistice de juin 1940 des suites lointaines de ses blessures de guerre. S’il est un trait qui le caractérise c’est sa fidélité à un patriotisme sans concessions, qui se double d’une nostalgie exprimée à plusieurs reprises après le conflit, d’un continent où avant 1914 il n’était pas nécessaire de disposer d’un passeport pour se déplacer.
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